L'appel de la vie

C’est par la faute d’un mot de trop
Qu'elle décide la fin de sa faim
Tout lui paraît alors si gros
Qu’elle en avale de moins en moins
Elle n’a que l’envie insidieuse
D’une obsédante légèreté
Si elle prétend qu’elle est heureuse
C’est pour tous ses repas tronqués

Elle n’est plus une femme
Elle est une souffrance
Un méli-mélodrame
Une détresse immensee
Parée de lassitude
Malgré la déraison
Cruelle certitude
De croire qu’elle a raison

Pour le défi qu’elle s’est lancé
Encore un pas vers l’abstinence
Un pas de plus, elle s’en balance
Des règles qui sont égarées
Un rien dans l’plat pour être plate
Une soucoupe en guise d’assiette
Que deux raisins dans une grappe
Ces repas sont faits que de miettes

Elle se traîne et lambine
De son corps qui se ruine
Elle vertige, elle s’étiole,
Dans un monde qui l’affole
Plus de seins plus de cuisses
Elle semble aller tout droit
Au fond d’un précipice
D’où l’on ne revient pas

Dans une spirale infernale
Où elle aime le goût du dégoût
Pour que le manque soit un régal
Elle n’est plus à table avec nous
Tous ses amis sont désarmés
Pour qu’elle redevienne comme avant
Avant la partance embrumée
D’une petite plume au vent

Puis un mot qui résonne
Vient diluer ses rêves
La folie l’abandonne
Elle renonce à la grève.
Elle revient à la vie
Et par son corps de femme
Se réchauffe aux envies
D’une bien jolie flamme

Car à l'heure du quitte ou double
C'est l'évidence qu'elle choisit
Au cœur d'un amour qui la trouble
Au point qu'elle gagne la partie
Tu es de sang tu es de chair
Alors livre aussi la bataille
Car vraiment tu n’as sur la taille
Que des rondeurs imaginaires